Vie et réflexions d’atelier

 

Bonjour j’aimerai au travers de mes articles vous faire découvrir mon métier, ma passion pour ces belles œuvres que je restaure et que je ramène bien souvent à la lumière. Je voudrai aussi dépoussiérer l’idée,pas très moderne,  que l’on se fait de ce travail ou du restaurateur.

Peut-être réaliserez vous que de tels métiers autours de la peinture existent et peuvent être aussi passionnant et attractifs que celui d’artiste.

A travers la vie de ce blog, je vous parlerai sûrement de mes découvertes artistiques. Je reviendrai aussi de façon plus détaillée sur la restauration avec exemple à l’appui , nous verrons  la partie technique de la peinture :huile, tempera mes techniques de prédilection, et bien d’autres encore.

Je me présente, Sylvie, restauratrice de tableaux : ce qui m’a poussé vers ce métier, c’est la beauté du travail, le geste de l’artisan ou de l’artiste jusqu’à la perfection.

Mais la perfection n’est pas de ce monde me direz vous et bien parfois si.

Je la trouve sous mes pinceaux et pigments, je la trouve sous ma loupe ou en lumière violette ( celle ci me permet de voir la couche de vernis plus précisément et en dessous de celui-ci) .

Je la découvre aux grès de mes recherches à travers des expositions, des livres d’arts, des romans, des écrits d’artistes aux vies hors du commun.

Je ne  la trouve pas seulement en peinture mais aussi dans toutes les formes d’artisanat d’art : tissus, bijoux, mobilier, décoration, architecture, etc.… autant de sources d’inspiration inépuisables.

J’aime aussi travailler les matériaux et la matière, utiliser des recettes anciennes, les redécouvrir et les tester «  faire ma petite cuisine en somme. » La recherche en peinture est ce qui rend son apprentissage et sa réalisation attrayante.

Je la trouve aussi dans les cours que je dispense à l’atelier, dans le regard et les échanges avec mes élèves.

Je partage ma passion avec mes élèves,  nous travaillons essentiellement sur des techniques et des copies d’œuvres anciennes. Tout en gardant à l’esprit que nous pouvons aussi moderniser notre travail, car il possible de faire un pont entre ancien et contemporain. Bien souvent le premier inspire le second, combien de fois je retrouve la trace d’un mouvement, d’un artiste, d’une œuvre dans un travail actuel.

Qu’est ce que le métier de restauratrice d’œuvre, tentons de lever un peu le voile.

Avant tout je reçois une toile avec des détériorations  importantes laissées par le temps.

Je vais l’examiner attentivement, récolter des informations sur son état, établir un diagnostic de travail, faire éventuellement des tests, ceci pour l’aspect technique.

Je vais aussi tenir compte de son histoire, faire des recherches auprès du propriétaire, bien souvent c’est une œuvre de famille, ou un achat coup de cœur, avec une  dimension affective  importante. La recherche historique au travers de documents si c’est possible en fonction de l’importance de l’auteur ou de l’œuvre et aussi l’un de mes outils.

Le respect du tableaux est du peintre est important, il est évident que je m’efface derrière, je n’enlève ni ne rajoute rien, je ne fait que le ramener vers la lumière.

L’espace d’un instant de travail je partage en quelque sorte la vie de l’auteur et de l’œuvre, je me retrouve plongé dans son histoire.

Le propriétaire repart ravis, souvent étonné du résultat auquel il ne s’attendait pas.

Les cours de peinture, grande aventure aussi pour moi. Que de belles rencontre et d’amitiés crées. C’ est l’aspect récréatif et créatif  de mon métier.

Il y a le travail bien sur pour lequel je ne cache aucun savoir faire, je montre aussi beaucoup en prenant le pinceau si la personne le souhaite.

Ce sont de vrai beaux moment d’échanges, une émulation nouvelle à chaque cours, des envies de travail et de résultat sans cesse renouvelé, un petit coin de bonheur, de détente, l’espace de 2 ou 3 heures de cours, une pose dans l’espace et le temps. Je vais d’ailleurs laisser la parole aux élèves :

« Amateur d’art graphique et pictural, j’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises, Sylvie Anjouy dans son Atelier, où règne une atmosphère à la fois studieuse et sereine, propice à la création.

Ses élèves apprécient fort ses conseils toujours pertinents.

Travailler chez Sylvie est toujours un moment d’évasion dans le monde de la beauté et du plaisir de peindre.

Pierre COUTURIER »

« Elle a un regard acéré, elle voit sur une toile de maître les couleurs que personne ne soupçonne…

Son coup de pinceau est magique, elle rattrape, elle répare, elle embellit…

Elle connaît tout de l’histoire de l’art et sait comment les peintres procédaient…

Elle est admirative de  Raphaël mais elle apprécie aussi certains peintres contemporains…

Dans la maison-atelier, chacun choisit ses modèles et elle conseille. Elle ne touche les toiles de ses élèves que lorsque ceux-ci le demandent ; elle est respectueuse de chacun.

L’ambiance est légère, le ton est amical, on discute peinture, expositions mais aussi on rit ou on partage un gâteau.

Elle m’a tout appris et m’a donné le bonheur de peindre.

C’est Sylvie , avec son physique de madone du quattrocento…

Jocelyne COUTURIER »

«  A l’atelier, où Sylvie nous accueille avec beaucoup de gentillesse, on se sent immédiatement à l’aise. C’est dans une ambiance conviviale et chaleureuse que j’ai commencé à découvrir , à apprendre et à poursuivre cet apprentissage de techniques que, pour ma part j’alterne entre la tempéra et l’huile. L’envie de progresser et omniprésente à l’atelier tant par l’ambiance autour d’un bon café et les conseils et « coups de main artistiques » de Sylvie qui n’hésite pas à vous aider en cas de « panne ». Franchissez la porte de l’atelier et venez constater par vous même… » Chantal Petit

Comment vous expliquer ce qui peut m’attirer dans une œuvre plus qu’un autre, » c’est un feeling » , une sensation ,une émotion.

Je peux rester des heures à la regarder, à, la scruter. Une espèce de communication invisible s’installe. Un soulèvement du cœur, un souffle coupé ou la seul remarque que je peux me faire est : c’est beau , scotchant.

L’explication technique ou intellectuelle à ce moment là ne m’intéresse absolument pas, cela gâcherai probablement mon ressentie. C’est l’œuvre et l’auteur, cette intimité fugace entre nous trois.

Un exemple «  la motte de terre de Dürer » : œuvre incroyablement simple mais au combien techniquement parfaite. Tout le regard et la sensibilité de l’artiste s’expriment ici, avec un sujet que seul un auteur de ce niveau pouvait sublimer et transcender.

Qui peut passer à côté de brindilles d’herbes folles, jeter un regard, s’y intéresser de prés et leur donner une dimension artistique, pour enfin les sublimer.

Et au-delà de cela nous les dévoiler à  nous spectateurs, des siècles plus tard, dans toute leurs beauté intrinsèque.

Vous comprenez ici où je trouve un intérêt et la passion pour mon travail.

Mon discours peut vous paraître simpliste et peut être non professionnel, mais l’art c’est du sentiment, un ressenti à fleurs de peau .Je ne vous abreuverai pas de discours techniques et intellectuels, les livres d’art le font très bien et mieux que moi.

Vous allez penser que je ne m’intéresse qu’aux antiquités. Ce n’est pas tout à fait juste.

En fait quand un / une auteur actuel accroche mon regard, c’est que bien souvent celui-ci s’est d’abord intéressé aux maîtres.

Je les découvre surtout au travers de biographie ou d’émissions à leur sujet. En les écoutant parler de leur art et de leurs parcours, je trouve des personnes souvent d’une grande humilité et simplicité.

Ils  se sont confrontés aux maîtres comme bien d’autres à travers les siècles, même si le concept d’apprentissage en atelier tel qu’il est conçu depuis l’antiquité n’existe plus, ces personnes, étudient, décryptent le travail des anciens. Le résultat peut paraître aux antipodes, mais en fait si l’on cherche bien pas du tout.

C’est le cas pour Garouste, ou bien Fabienne Verdier pour ne  citer que ceux que j’ai découvert récemment.

A lire le parcours de Fabienne Verdier je me suis senti en connivence avec ses réflexions sur la peinture anciennes. Tout son génie a été de le décoder et de le réinventer dans son travail moderne et techniquement parfait avec une maîtrise du geste, de la couleur et de la matière digne des grands maîtres.

Quand à Garouste l’humilité dans son discours, son acharnement au travail, sa réflexion, le fait qu’il impose la peinture (qui n’est plus d’actualité dans la représentation artistique), force l’admiration.

Ces artistes me font dire que tout travail artistique contemporain doit être travaillé jusqu’à l’acharnement pour obtenir un résultat de valeurs, il ne suffit pas de couleurs sorties du tube sur une toile, tel que l’envisageaient déjà les maîtres.

C’est ce que j’aime retrouver en restauration : un vrai travail. L’idée de départ compte évidemment, mais les techniques misent en œuvre pour sa représentation ont une grande importance.

Du coup je me sens à ma place et réconforté quand parfois j’ai l’impression que plus rien ne se passe en peinture et que celle que je propose dans mes cours n’a qu’un intérêt limité.

Il faut encore donner ce goût du beau, l’envie d’y accéder et même si beaucoup n’y voit aucun intérêt car non vendeur et bien je persisterai dans cette voie, tout comme je continuerai à restaurer les tableaux de Monsieur et Madame tout le monde car ces œuvres et ces personnes ont droit à ce qu’on les prennent en compte.

 

 

 

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